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Un passé glorieux…

Retrouvez plus d’informations sur l’historique de Saint-Gobain et de sa manufacture des glaces sur le site Picardia, l’encyclopédie Picarde, dont est issu le texte ci-dessous.

Le 31 décembre 1995, l’histoire [industrielle] s’est arrêtée à Saint Gobain, petite ville de l’Aisne, située au milieu d’un massif forestier, celui qui lie les habitants de la ville au verre et à sa fabrication.
C’est une histoire vénérable pourtant, vieille de plus de trois siècles. Ce jour là en effet, le dernier atelier encore en activité dans l’usine rejoint la localité de Condren, située entre Chauny et Tergnier. Pourtant la production industrielle axonaise, depuis ses origines, a brillé par son excellence. L’usine s’est en effet spécialisée dans la fabrication du verre à vitres, généralisant ainsi l’usage des grandes fenêtres. Un savoir-faire reconnu. En 1986 encore, elle fournit à la pyramide du Louvre en construction ses 666 – ou davantage – triangles et losanges de verres extra-blancs qui font la réussite esthétique du monument.(1)
Mais le capitalisme impose son implacable logique de rationalisation industrielle et de compétition. La modernisation des techniques de production, l’importance d’une localisation sur de grands axes de transport ou près du marché d’une grande agglomération défavorise cette verrerie trop isolée en pleine Picardie rurale et a raison du site primitif de la firme Saint Gobain.

Aux origines : l’évangélisation du VII siècle. (2)

Les monastères de Grande Bretagne et de l’Irlande celtiques du 8ème siècle, ont exporté leur foi en Europe continentale, par le biais de moines missionnaires, d’abord en Bretagne, puis dans l’ensemble de la gaule. Le moine Irlandais Gobân s’inscrit ainsi dans cette démarche d’évangélisation. Disciple de Saint Fursy, célèbre Saint missionnaire Irlandais du VII siècle, à l’instar de Saint Colomban, lequel fonda entre autres l’Abbaye de Luxueil, aux pieds des Vosges, en l’an 590 de notre ère.
Ce n’est que deux siècles plus tard, qu’il est fait mention de la vie de Gobân en France, dans une publication d’acta sanctorum de Jésuites Belges, le territoire Belge(3) étant alors sous domination Mérovingienne. Les acta sanctorum constituent une collection de volumes consacrés aux saints de l’église catholique, dont les textes tentent de séparer les faits des légendes qui se sont attachées aux personnes au fil des temps. Les deux-cents ans écoulés entre la vie de Gobân et son récit, incitent à la prudence quant à l’exactitude des faits rapportés.
D’après ces textes, Gobân arrive en Gaule et s’installe d’abord au monastère de Corbie, dans la Somme actuelle. De là, il gagne seul, peut-être après avoir séjourné un temps à l’Abbaye Saint-Vincent de Laon, tout juste crée, un lieu alors désert du Laonnois, connu sous le nom de  Mont Erême, dans la forêt de Saint-Gobain, qui portait à cette époque le nom de « Forêt de Voas« .

L’histoire scientifique cède maintenant le pas à l’histoire religieuse. Lecteurs et lectrices y prendront ce que leur conviction y verra.

Convaincu des vertus spirituelles de la solitude, Gobân était déterminé à fuir le monde et à se retirer en un lieu désert, pour y vivre en ermite. Muni d’un bâton de marche, il s’enfonçait dans la vaste forêt de Voas. Au crépuscule, il s’arrêta sur une colline, un lieu-dit appelé Mont Erème – littéralement « Mont inculte ». Il planta son bâton dans le sol, et se coucha, cherchant le repos. Passait la nuit… A l’aube, s’apprêtant à reprendre sa route en quête du lieu propice à la construction d’un ermitage, Il retira sa perche du sol.  A l’instant où il libéra sa perche, une source abondante jaillit du trou formé par la pointe de celle-ci. Y voyant un signe divin, Gobân décida que ce sol verrait l’édification d’une cellule et d’un oratoire. La construction achevée, Il dédia la bâtisse à Saint Pierre, alors que l’endroit prenait le nom de « Mont de l’ermitage », pour le garder durant toute la vie de Gobân. Plus tard, on érigeait à cet endroit l’église qui porte toujours le nom de Saint Pierre. Dans une crypte, on préservait la source sacrée.

A gauche, la crypte telle qu’elle est dessinée dans l’ouvrage de Maximilien Melville, publié en 1818 (5).  A droite, la
crypte après les destructions de la première guerre mondiale. L’ouverture de droite est la porte menant à la source. (4)

Gobân y pratiquait la prière, et encourageait la conversion des peuples voisins. Mais ses prédications, finalement, provoquèrent la colère des habitants: Le 20 juin 670, investissant la retraite de l’ermite en prière, ils lui tranchèrent la tête. Gobân fut enterré dans l’oratoire.
Plus tard, des rumeurs se répandaient quant à des miracles se produisant sur le lieu de sa sépulture, attirant des pèlerins désireux d’y manifester leur dévotion. Ce pèlerinage donna naissance, au fil du temps, à une petite ville au milieu de la forêt, ville qui prit le nom de Saint Gobain.(5)

La relation entre l’homme et la forêt.

Cet extrait d’un poème, aux allures prophétiques, de Charles Baudelaire, dans Correspondances, offre une vision du monde propre à réconcilier toutes les personnes sensibles, mues par un esprit écologique ou mystique, en tout cas universaliste et ouvert :

« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.« 

Sur le site eco-psychologie.com vous trouverez une présentation intéressante de ce rapport singulier de l’Homme à la nature. Citons-le ici, dans un texte du botaniste Francis Hallé : « Qu’est-il, ce grand Chêne ? Pour le géographe, une marque paysagère, témoin d’ancestrales pratiques agricoles ; pour le forestier, un cylindre de bois « noble » susceptible d’être abattu, débité puis vendu à un prix intéressant. L’informaticien y verra un défi pour la simulation graphique et se mettra à la recherche des algorithmes les plus significatifs. Êtes-vous porté vers la mystique ? Alors ce Chêne devient un trait d’union entre le ciel, le monde des hommes et la Terre, un symbole cosmique donnant accès à l’universel ; une approche naturaliste y verra plutôt, affublée d’un nom latin, une forme de vie remarquable par sa longévité et l’ampleur de ses surfaces d’échange. Motif urbain ? Source de glands pour nourrir les porcs ? Simple tâche d’ombre pour le marcheur de l’été ? Pas du tout, dit l’adepte des médecines douces, dans cet arbre circule un flux d’énergie tellurique : adossez-vous à son tronc et vos douleurs lombaires vont s’apaiser. Vous n’y êtes pas, dit le philosophe, ce Chêne est avant tout la matérialisation de l’écoulement du temps, à la fois mémoire naturelle et supports de mémoire culturelle, il est le principe même de la civilisation. »

Irminsul: l’arbre totémique des Saxons

Irminsül était l’arbre totémique des Saxons du 8ème siècle et période antérieure. Dieu de la guerre, l’arbre Monde, ou « pilier du monde » symbolisait l’union de l’Homme et du Cosmos, le lien qui unit la Terre et le Ciel. Détruit en 772 par Charlemagne, très moqueur des croyances païennes des Saxons, et qui, durant 30 ans, mena une sanglante campagne de christianisation de la Saxe. Article à lire sur Wikipedia.

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Sources

(1) https://www.louvre.fr/node/1560
(2) Sources, Société Historique de Haute-Picardie : « Saint-Gobain avant la Manufacture établie en 1692 : le Saint, le Prieurd, le château et ses Seigneurs, les Habitants et leurs droits d’usage dans la forêt. » – http://www.histoireaisne.fr/memoires_numerises/chapitres/tome_14/Tome_014_page_028.pdf
(3) Sources, Wikipedia: https://https://fr.wikipedia.org/wiki/Belgique#Antiquit%C3%A9
(4) Images d’archives: Ministère de la Culture
(5) Sources: Histoire de la ville et des sires de Coucy-le-chateau, De Maximilien Melleville, 1818
A lire également: Histoire de la ville et des sires de Coucy / par… E. de Lépinois, à lire sur le site de la BNF